21è colloque de l'ALEPH CP-ALEPH : "L'enfant tyran" (Lille)


affiche colloque enfant tyran
21ème colloque de l'ALEPH et du CP-ALEPH
à Lille samedi 7 novembre 2020
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Exceptionnellement, le prix d'entrée donnera droit à la réception du numéro 27 de Savoirs et clinique, revue de psychanalyse, qui contiendra notamment les exposés faits au colloque.

Enfant tyran, enfant maltraité
Comment éviter d’avoir un enfant tyran ?


  Il n’est pas rare de voir arriver en consultation des parents exténués, dépassés par leur enfant qui semble ne répondre à aucune de leurs demandes, sur qui rien ne semble avoir prise. Ils décrivent alors les altercations systématiques avec les camarades de classe et les frères et sœurs, les conflits avec les enseignants et éducateurs, les exigences alimentaires et vestimentaires, les nombreuses activités extra-scolaires commencées et vite arrêtées, les devoirs non faits, les difficultés d’apprentissage, les troubles du sommeil, l’impossibilité de se faire obéir, etc. Loin de se limiter à la sphère thérapeutique, l’ « enfant tyran » est aussi envisagé comme un « phénomène de société » qui fait largement parler de lui : tutos sur internet pour l’identifier à coup sûr, dossiers spéciaux de la presse parentale, titres racoleurs de la littérature médico-éducative et, de manière générale, sujet de conversation inépuisable pour qui a assisté à une de ses « scènes » à l’occasion d’un repas de famille, à l’école ou dans un magasin. Décrit comme tout-puissant, mégalo, agité en permanence, l’enfant tyran provoque tous les autres, grands et petits. Il nargue ou séduit, attaque, insulte, détruit, manipule, se livre aux « mini coups d’états » et au « chantage affectif ». Accusé de « vouloir tout tout de suite », il trépigne et hurle en cas de refus ou d’obstacle.

       Ces enfants et adolescents qui semblent ne pas répondre à l’autorité, aux normes, aux injonctions et demandes qui leur sont faites, lassent leur entourage, épuisent les bonnes volontés et « poussent à bout », disent certains parents. Souvent dépeints comme des « manipulateurs » capables d’obtenir tout ce qu’ils souhaitent par un comportement qui contraint l’autre en permanence, accusés de détenir des dons exceptionnels pour « se faire passer pour une victime » ou « savoir piéger l’adulte », ils peuvent provoquer l’énervement, la colère voir de la haine.

       A minima, dans de nombreux cas, la difficulté de « savoir y faire » avec eux, le malaise, le découragement ou la peur qu’ils provoquent chez l’autre, conduisent à les éviter, voire à les rejeter – du groupe, de l’institution scolaire, de leur milieu familial. De manière générale, la tentation est grande d’occulter la singularité de chacun de ces enfants, leur fragilité, ainsi que les causalités psychiques à l’œuvre dans ces comportements, pour se rabattre sur des méthodes éducatives visant à remettre le pouvoir du bon côté ou sur une approche médicale visant à éradiquer l’agitation et l’excitation insupportables.

       Cela peut être pire, lorsqu’il arrive à certains d’entre eux de devenir l’objet d’abus et de maltraitance, l’impuissance dans laquelle ils placent ceux qui les entourent servant alors de prétexte pour leur infliger des traitements humiliants, dégradants et violents. L’actualité montre que des maltraitances très graves ont parfois leur source dans le désir de rééduquer par la force un enfant tyran devenu « diabolique » aux yeux de ses parents – désir qui a pu parfois s’emballer jusqu’au crime.

      Au-delà du qualificatif générique d’ « enfants tyrans » qui renvoie surtout à la manière impérieuse et absolue dont ils semblent s’imposer dans leur relation à l’autre, nombreuses sont les étiquettes apposées sur ces enfants. Ainsi sont-ils tour à tour et souvent concomitamment rangés dans la catégorie des « hyperactifs », diagnostiqués comme souffrant d’un « TDHA » (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), quand ils ne sont pas suspectés de traits de « perversion » et même de « psychopathie » lorsque ce sont le « manque d’empathie », les brutalités commises à l’égard d’autrui et l’instrumentalisation de l’autre qui sont mis en avant. Diversité qui témoigne surtout de la difficulté à saisir cliniquement à quoi renvoie le symptôme spectaculaire que met en scène l’enfant tyran, saisie cependant indispensable à qui souhaite accompagner les enfants et les familles concernés par ce phénomène.

      Bien que l’ « enfant tyran » ne soit ni un concept ni même une catégorie de la psychanalyse, celle-ci est cependant susceptible d’apporter un point de vue pertinent et original sur ce phénomène. Ainsi les concepts freudiens de pulsion, de narcissisme et de passage à l’acte peuvent-ils être particulièrement pertinents pour éclairer ces comportements caractérisés par un débordement pulsionnel et des passages à l’acte permanents dans lesquels la parole de l’autre semble dénuée de tout effet. Comment comprendre ces enfants qui semblent précisément résister à toute intervention des adultes ? Comment penser leur rapport très singulier à la jouissance qui semble les envahir et les agir sans trêve ? Comment articuler les troubles de l’enfant tyran à la configuration familiale dans laquelle il a grandi ? Et comment intervenir auprès de ces enfants et de leurs familles ? Dans sa « Note sur l’enfant », rédigée en 1969, Lacan1 souligne que chez l’enfant, « le symptôme peut représenter la vérité du couple familial ». Dans ce cas, son symptôme fait écho à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale. L’enfant fait exister ses parents en tant que parents qui fondent avec lui, à travers lui, l’institution familiale avec ses lois et son mode de fonctionnement.

      Il s’agit alors dans le travail psychanalytique ou psychothérapeutique avec l’enfant de lui permettre de se dégager de cette position de symptôme du couple familial, et de découvrir son propre désir. À ces cas où le symptôme de l’enfant fait écho à ce qui relie ses parents, Lacan oppose la configuration où « le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. » Entièrement pris dans le fantasme maternel, l’enfant devient l’« objet » de la mère, il le réalise, lui donne corps, ce qui ne peut que renforcer la prise dans ce fantasme, et complique le travail avec un analyste qui vient entiers dans une relation duelle que la mère n’a parfois aucun souhait de faire cesser. Il s’agira dans ce 21ème colloque de l’ALEPH et du CP-ALEPH de penser, au moyen de la psychanalyse et des repères théoriques et cliniques qu’elle offre, la figure de l’enfant tyran. Nous mettrons en évidence ses manifestations, ses formes et ses figures. Nous tenterons d’en dégager les déterminations toujours singulières et de comprendre de quelle manière le symptôme de l’enfant tyran peut faire écho à ce qui fait symptôme dans la structure familiale ou dans le désir maternel. Nous nous efforcerons d’éclairer ce phénomène avec l’appui de concepts fondamentaux en psychanalyse : la pulsion, le symptôme, le fantasme articulé aux enjeux de la demande, du désir et de la loi, la frustration, la castration, l’Autre, le langage. Enfin, nous tenterons de dégager les coordonnées du transfert à l’œuvre dans le suivi institutionnel ou la cure psychanalytique de ces enfants. Notre colloque soumettra ces questions à l’épreuve de cas tirés de la clinique psychanalytique ou psychothérapeutique, mais aussi d’exemples empruntés à la littérature, l’art ou le cinéma. Des chercheurs d’autres disciplines que la psychanalyse viendront également éclairer et nourrir nos débats avec les participants .



1 Lacan J., « Note sur l’enfant » (1969), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 373.