Journée d'étude: Jean Bollack "tout contre la psychanalyse" (Lille)

Journée d'étude organisée en collaboration avec l'ALEPH et le CP-ALEPH
Samedi 14 juin 2014

La psychanalyse a plus d’un siècle et elle est toujours de son siècle. La philologie est de tous les siècles mais Jean Bollack l’a maintenue bien vivace jusqu’au début de ce XXIème siècle. Au jour le jour n’est pas seulement le titre du dernier ouvrage de Jean Bollack mais aussi l’épreuve du quotidien à laquelle nous sommes tous confrontés mais que seuls quelques uns cherchent inlassablement à interpréter. Geneviève Morel rappelait en février dernier dans son hommage à « L’insistance de Jean Bollack » les multiples points de rencontre entre ces deux disciplines dans son oeuvre depuis La naissance d’Oedipe jusqu’à sa postérité freudienne, en passant par la figure d’Antigone, au centre de l’Ethique de la psychanalyse de Jacques Lacan, sans oublier les nombreux articles que Jean Bollack a publiés dans la revue Savoirs & Clinique qui s’honorait de le compter dans son comité de lecture. On pourrait reprendre pour définir et la psychanalyse et la philologie cette formule « discipline de l’interprétation » (Morel) qui pourrait être le point de départ d’une journée de réflexion et d’étude des rapports passionnés de Jean Bollack avec cette herméneutique contemporaine. Que l’on étudie un texte ou le discours d’un analysant, on reste devant l’évidence anthropologique de l’homo loquens, celle que Lacan nommait « parlêtre » tandis que Jean Bollack rappelait que pour Humboldt « il n’y a pas eu d’hommes sans langue » (Au jour le jour, page 742). Mais l’auteur de Sens contre sens rencontrait également les difficultés soulevées par la langue, dans la traduction des auteurs, comme l’analyste dans celle des propos idiosyncrasiques d’un analysant. On lit encore cet adage prélevé chez Meschonnic « recommencer sans cesse » dans Au jour le jour, pour qualifier une tâche « inachevable », interminable comme la poésie ou l’analyse mais journalière et incessante comme « la litanie liturgique » ou « l’obsession » (Bollack). Jean Bollack notait encore « achevable elle aurait un “ sens ” », sans que l’on puisse trancher entre la direction et la signification mais en maintenant l’équivoque, sens contre sens. Ceci est particulièrement frappant de la part d’un homme qui a repris les choses au commencement, de la philosophie avec son Parménide et son Empédocle, du théâtre et de la tragédie, avec ses traductions d’Eschyle et son Dionysos et la tragédie et finalement de l’histoire autant que de la littérature avec le mythe. Ainsi qu’il l’écrivait à propos de l’Homère de l’Odyssée : « Ulysse sait raconter les histoires (…) à la fin ses folles libertés épuisent le sens dans le débordement de l’invention ». Dans cette rencontre et cet alliage entre la mètis et l’hybris, il y a certainement de quoi interroger son oeuvre, diverse, ample et exigeante mais n’écrivait-il pas à propos de Celan : « tant que les véritables enjeux des textes ne sont pas perçus, ni pris en compte, il ne peut y avoir de débat, digne de ce nom » ?
Les différents intervenants aborderont le rapport de Jean Bollack à la psychanalyse depuis leur champ de travail respectif (littérature, philosophie, psychanalyse...).