Séminaire théorique : "Corps réels, lieux virtuels" (Lille)

Séminaire de Frédéric YVAN


Samedi de 14h30 à 16h00

ZOOM, Lille

   

Télétravail, visioconférence, apéro’visio, NetParty, séance en distanciel ou encore Cybersex, les rapports numérisés n’ont cessé de se développer – et d’être même promus en période de confinement – à travers une offre, constamment renouvelée, d’applications et de logiciels ; donnant lieu à de nouvelles et multiples possibilités de relation virtuelle. Le virtuel est généralement compris comme opposé à la réalité puisque la réalité ne s’y manifeste pas directement mais apparaît médiatisée ou doublée par l’écran et l’enceinte - l’image et le son. La relation virtuelle est donc caractérisée par l’absence de contact avec la réalité des corps et de leur expérience sensible. Autrement dit, le virtuel se spécifie d’une séparation des corps, de leur consistance et de leurs caractéristiques propres ; séparation d’avec la réalité extérieure. Mais cette détermination de la réalité et des corps réduite à la densité de la matière et à ses qualités n’est-elle pas restrictive ?

Contrairement aux idées reçues, la réalité extérieure n’est pas une donnée immédiate. Freud en théorise la formation de celle-ci comme corrélative de la constitution de la subjectivité à travers un processus de différenciation d’un dehors et d’un dedans et de celui d’une distinction entre le moi et l’autre. C’est dans deux écrits majeurs – « Esquisse d’une psychologie scientifique » (1895) et « Pulsions et destins des pulsions » (1915) – que Freud va déterminer et formaliser comment un système vivant, grâce à la sensation, peut instituer une différenciation entre intérieur et extérieur. Dans « Die Verneinung » (1925), Freud reprend et développe de façon inédite ses analyses de la constitution de la réalité. Il montre que l’opposition « entre subjectif et objectif n’existe pas dès le début » et qu’il n’y a pas d’autre réalité que la réalité interne ; l’avènement de la réalité extérieure pour un sujet est corrélatif de la différenciation entre subjectif et objectif.

Prolongeant et interprétant, à partir de sa théorie du langage, les développements de Freud, Lacan, établit que la réalité est d’abord affaire de discours et de représentation. Plus précisément, la réalité peut être comprise comme un dispositif imaginaire et symbolique s’édifiant à partir d’un réel qui n’est pas la réalité et qui constitue alors son véritable dehors. Que le symbolique fasse défaut, que l’imaginaire se dissolve, et c’est l’événement, désorientant et stupéfiant, du réel. C’est ce dehors qui est au centre même de la subjectivité et de la réalité. Lacan utilise le néologisme « extime » pour désigner ce dehors au centre même de la subjectivité et de la réalité et les possibles vacillements des apparences du dedans et du dehors.

Si le virtuel sépare les corps, la réalité (extérieure) est-elle un espace de rencontre véritable ? Et si la réalité ne peut être réduite à la seule réalité extérieure et à la consistance matérielle des corps, n’est-elle pour autant qu’une fiction recouvrant un dehors hors sens ? C’est à ces problématiques que nous nous intéresserons en les élucidant par des textes de Freud et de Lacan ; mais également par des illustrations empruntées à la clinique, à la littérature, au cinéma ou à l’architecture



Le séminaire théorique a lieu le samedi de 14 h 30 à 16 h, les 10 octobre, 21 novembre 2020, 16 janvier, 10 avril, 29 mai, 19 juin 2021. Avant chaque enseignement, les codes zoom de la réunion seront envoyés aux inscrits par l’enseignant. Vous pourrez aussi contacter ce dernier si vous souhaitez assister à l’atelier ou séminaire en sa présence.  Ouvert au public – 10 € (TR : 5 €) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirset clinique, contact inscription: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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