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Atelier III Clinique de l’enfant

12 octobre : 21h00 à 22h30

Premières expériences philosophiques de l’enfant

Franck Dehon, Dr Emmanuel Fleury

La parole et le langage des enfants autistes nous étonnent d’emblée. Sous des apparences illogiques ou absurdes, on découvre une cohérence due à une rigueur syntaxique, une exactitude souvent implacable et une préciosité singulière. L’exigence de ces constructions verbales n’a rien à envier à celles des bots de l’intelligence artificielle (IA).

C’est ce qui a donné un aspect mécanique, jusque dans sa prosodie, aux déclarations de Joey, dont Bruno Bettelheim a rédigé l’observation dans « L’autisme infantile et la naissance du Soi1 ». Son langage était artificiel et intelligent dans la mesure où ses créations paralogiques, ses néologismes, lui ont permis d’animer un monde – le sien, fabriqué de toutes pièces – que personne n’aurait pu inventer à sa place en raison de l’univocité de ses expressions.

On peut affirmer le contraire des discours artificiels que produisent les grands modèles de langage informatiques (Large Language Models, LLM). Ces programmes jouent sur la probabilité des significations possibles de l’expression. La polysémie et l’ambiguïté des mots génèrent un nombre peut-être infini de connexions possibles. Les LLM emportent d’autant mieux l’adhésion qu’ils proposent les liaisons de mots les plus répandues et les associations d’idées les plus éculées. Leur langage est d’autant plus crédible qu’il n’est pas le nôtre, mais celui d’un Autre probable qui prétend exister.

À cela, l’enfant autiste a déjà répondu : l’Autre du langage n’existe pas – seul vaut son propre langage. En cela, il démontre la vérité des affirmations de Sigmund Freud dans son article sur la Verneinung (1925). Dans la construction du sujet, il existe un jugement préalable d’existence. L’artifice de l’IA étant de nous porter à croire que tout existe du moment que c’est formulé.

Le jeune autiste nous montre que seul son langage a de la valeur. Quant au schizophrène – dont la structure est distincte de celle de l’autisme -, Freud qualifiera son discours de « langage d’organe2 ». Dans un second temps, dit Freud, l’enfant aura à décider si ce qui est affirmé lui appartient ou non.

Ce sont ces questions d’affirmation, d’existence et d’appropriation, liées aux premières expériences de l’enfant, que nous souhaitons aborder dans l’atelier – en nous appuyant sur les observations cliniques amenées par les enseignants et les participants ou empruntées à la littérature analytique.

 

  1. Bettelheim B., La forteresse vide, NRF, Gallimard, 1969
  2. Freud S., « L’inconscient », Métapsychologie, Gallimard, Folio/essais n° 30, 1968, p. 110-121

 

En visioconférence (par Zoom).

Détails

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